Intégrer le DUERP addiction dans votre démarche de prévention n’est plus une option : les pratiques addictives (alcool, cannabis, cocaïne, médicaments psychoactifs) figurent parmi les facteurs de risque professionnels que l’employeur doit évaluer et tracer dans son document unique d’évaluation des risques professionnels. Cet article détaille comment analyser le risque addictif poste par poste, quelles mesures de prévention inscrire, à quelle fréquence mettre à jour votre DUERP, et propose des exemples concrets par secteur d’activité.
📌 À retenir
- Le risque lié aux pratiques addictives doit être évalué au même titre que les autres risques professionnels et formalisé dans le DUERP, unité de travail par unité de travail.
- L’analyse par poste croise la dangerosité intrinsèque (conduite, hauteur, machines) avec l’exposition aux facteurs favorisant la consommation (stress, horaires atypiques, isolement).
- La mise à jour est annuelle a minima pour les structures d’au moins 11 salariés, et dès toute modification importante des conditions de travail.
Pourquoi intégrer le risque addictif au DUERP
Le DUERP est le support obligatoire, prévu par le Code du travail, dans lequel l’employeur consigne les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs. Cette obligation concerne toute entreprise dès le premier salarié. Les pratiques addictives ne constituent pas un risque «à part» : elles s’inscrivent pleinement dans cette démarche parce qu’elles peuvent à la fois résulter des conditions de travail et aggraver l’exposition aux autres risques.
La loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail a réaffirmé le rôle central du document unique dans la prévention primaire. L’employeur est tenu à une obligation de sécurité de résultat : il doit prendre les mesures nécessaires pour préserver la santé physique et mentale des salariés. Ignorer le risque addictif dans l’évaluation expose l’entreprise à voir sa responsabilité engagée en cas d’accident, notamment lorsque la consommation d’une substance psychoactive est en cause.
Un double lien entre travail et addiction
Les études de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et de Santé publique France rappellent que certaines conditions de travail favorisent ou entretiennent les consommations : stress chronique, surcharge, horaires décalés, travail de nuit, précarité, isolement, ou au contraire pots et repas d’affaires réguliers. À l’inverse, une consommation de substances psychoactives altère la vigilance, les réflexes et le jugement, augmentant mécaniquement le risque d’accident du travail. C’est ce double lien qui justifie l’inscription du risque addictif au DUERP.
Le cadre réglementaire du DUERP addiction
L’évaluation des risques professionnels repose sur les principes généraux de prévention inscrits dans le Code du travail. Ces principes imposent d’éviter les risques, d’évaluer ceux qui ne peuvent l’être, de les combattre à la source et d’adapter le travail à l’homme. Appliqués aux pratiques addictives, ils orientent l’employeur vers une démarche collective et non individuelle : il ne s’agit pas de traquer les consommateurs, mais d’identifier les situations de travail qui exposent au risque.
Le règlement intérieur, obligatoire à partir de 50 salariés, peut compléter le dispositif en encadrant certaines consommations et en prévoyant, dans des conditions strictes de proportionnalité, des contrôles pour les postes dits de sûreté et de sécurité. Ces contrôles doivent toujours être justifiés par la nature de la tâche et respecter la dignité des personnes. Le DUERP reste le socle : c’est lui qui documente pourquoi tel poste est identifié comme sensible.
Le programme annuel de prévention
Pour les entreprises d’au moins 50 salariés, le DUERP doit déboucher sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT). En dessous de ce seuil, l’employeur consigne une liste d’actions. Dans les deux cas, les mesures liées au risque addictif (sensibilisation, procédures, aménagement de postes) trouvent naturellement leur place dans ces plans d’action.
Analyser le risque addictif poste par poste
L’analyse s’organise par unité de travail, c’est-à-dire par regroupement cohérent de postes exposés à des risques comparables. Pour chaque unité, la démarche croise deux dimensions : la dangerosité intrinsèque du poste et les facteurs de travail susceptibles de favoriser une consommation. Cette double lecture permet de hiérarchiser les priorités sans stigmatiser aucun salarié.
Identifier les postes de sûreté et de sécurité
Certains postes présentent une dangerosité telle qu’une altération de la vigilance peut avoir des conséquences graves pour le salarié ou pour des tiers. On y retrouve notamment la conduite de véhicules et d’engins, le travail en hauteur, la manœuvre de machines dangereuses, la manipulation de produits chimiques, les interventions électriques ou encore le port d’armes. Pour ces postes, le risque lié aux pratiques addictives doit être évalué avec une attention renforcée dans le DUERP.
Repérer les facteurs de travail favorisants
La seconde étape consiste à repérer, pour chaque unité de travail, les facteurs qui peuvent déclencher ou entretenir des consommations. Parmi les plus fréquents : le travail de nuit et les horaires atypiques, la forte pénibilité physique, l’intensité et la surcharge, l’isolement, la précarité de l’emploi, l’exposition à la violence ou aux incivilités, et la disponibilité de l’alcool sur le lieu de travail (pots, secteurs de la restauration ou de l’événementiel). L’objectif est d’agir sur ces déterminants organisationnels.
Coter le risque
Comme pour les autres risques du DUERP, chaque situation est cotée selon la gravité potentielle des conséquences et la probabilité de survenue. Un poste de conduite exposé à des horaires de nuit sera classé prioritaire ; un poste administratif sédentaire sans facteur favorisant marqué sera coté plus bas. Cette cotation guide l’ordre de traitement et l’allocation des moyens de prévention.
Les mesures de prévention à inscrire au document unique
Les mesures doivent suivre la hiérarchie des principes de prévention : agir d’abord sur l’organisation et le collectif, puis sur l’information et la formation, et enfin, pour les seuls postes le justifiant, sur des dispositifs de contrôle encadrés. Le DUERP consigne ces mesures et leur état d’avancement.
La prévention collective et organisationnelle
Il s’agit de réduire les facteurs de travail identifiés : rééquilibrer la charge, limiter le recours au travail de nuit lorsque c’est possible, encadrer la présence d’alcool lors des événements internes, améliorer le soutien managérial et lutter contre l’isolement. Ces actions relèvent de la prévention primaire, la plus efficace car elle traite les causes plutôt que les conséquences.
L’information et la formation
Sensibiliser l’ensemble des salariés aux effets des substances psychoactives sur la sécurité, former l’encadrement au repérage des situations à risque et à la conduite à tenir, diffuser les coordonnées des ressources d’aide : autant de mesures qui construisent une culture de prévention partagée. La formation des managers est déterminante car ils sont en première ligne pour détecter les signaux faibles et orienter, sans se substituer au service de santé au travail. Vous pouvez vous appuyer sur des solutions dédiées pour structurer cette démarche nos solutions entreprise.
Le dépistage sur les postes sensibles
Pour les seuls postes de sûreté et de sécurité, l’employeur peut prévoir des contrôles (éthylotest, test salivaire) à condition qu’ils soient inscrits au règlement intérieur, justifiés par la nature de la tâche, proportionnés et respectueux du contradictoire. Ces dispositifs ne remplacent jamais la prévention collective : ils en constituent le dernier maillon, réservé aux situations où une altération de la vigilance mettrait des vies en danger. Le cas particulier de la consommation d’alcool en milieu professionnel appelle des règles spécifiques notre dossier alcool au travail.
Mettre à jour le DUERP sur le volet addiction
Le document unique n’est pas figé. Il doit être mis à jour au moins une fois par an dans les entreprises d’au moins 11 salariés, et à chaque décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité, ainsi que lorsqu’une information nouvelle intéressant l’évaluation d’un risque est recueillie. Pour les structures de moins de 11 salariés, l’actualisation annuelle systématique n’est pas imposée mais reste vivement recommandée à chaque évolution significative.
Sur le volet addictif, plusieurs événements doivent déclencher une révision : la création d’un nouveau poste sensible, l’introduction d’un travail de nuit, un accident ou un presque-accident lié à une consommation, un signalement du médecin du travail, ou l’évolution des pratiques (nouvelles substances, banalisation de certaines consommations). Le DUERP doit également conserver les versions successives afin de tracer l’historique de l’évaluation, condition d’une preuve solide en cas de contentieux.
Associer les acteurs de la prévention
La mise à jour gagne à associer le comité social et économique (CSE), le service de prévention et de santé au travail, et le cas échéant le référent santé-sécurité. Cette démarche participative renforce la pertinence de l’évaluation et l’adhésion aux mesures. Le médecin du travail apporte un éclairage précieux sur les postes à risque, dans le respect du secret médical.
Exemples d’analyse par secteur
Transport et logistique
Unité de travail «conduite poids lourds» : dangerosité intrinsèque très élevée (conduite), facteurs favorisants marqués (horaires longs et décalés, isolement, pression sur les délais). Mesures inscrites au DUERP : encadrement des temps de conduite et de repos, sensibilisation ciblée, procédure en cas de doute et contrôles proportionnés prévus au règlement intérieur pour ce poste de sécurité.
Bâtiment et travaux publics
Unité de travail «travail en hauteur et engins de chantier» : forte dangerosité, pénibilité physique élevée, exposition au froid et parfois consommations de compensation. Mesures : information sur les effets des substances sur l’équilibre et les réflexes, aménagement des rythmes, animation sécurité en début de chantier et dispositif de contrôle réservé aux postes concernés.
Hôtellerie et restauration
Unité de travail «service et cuisine» : dangerosité modérée mais facteurs favorisants nombreux (horaires atypiques, intensité, disponibilité de l’alcool, culture du secteur). Mesures : encadrement de l’accès aux boissons alcoolisées, sensibilisation collective, soutien managérial et amélioration de l’organisation des services.

Foire aux questions
Le risque addictif est-il obligatoire dans le DUERP ?
L’employeur doit évaluer l’ensemble des risques pour la santé et la sécurité des salariés. Dès lors que les pratiques addictives constituent un risque pour un ou plusieurs postes, elles doivent être analysées et consignées dans le document unique, au même titre que les autres risques professionnels.
Peut-on dépister tous les salariés ?
Non. Le dépistage n’est envisageable que pour les postes de sûreté et de sécurité clairement identifiés, à condition d’être prévu au règlement intérieur, justifié, proportionné et respectueux de la dignité et du contradictoire. Un dépistage généralisé et systématique de tous les salariés serait disproportionné.
À quelle fréquence mettre à jour le volet addiction ?
Au moins une fois par an pour les entreprises d’au moins 11 salariés, et à chaque aménagement important ou information nouvelle affectant l’évaluation du risque. En pratique, tout accident lié à une consommation ou toute création de poste sensible doit déclencher une révision.
Qui participe à l’évaluation du risque addictif ?
L’employeur pilote la démarche, en associant le CSE, le service de prévention et de santé au travail et, le cas échéant, le référent santé-sécurité. Le médecin du travail apporte son expertise sur les postes à risque, dans le respect du secret médical.
Faut-il nommer les salariés concernés dans le DUERP ?
Non. Le DUERP évalue des situations de travail et des unités de travail, pas des personnes. La démarche est collective et vise à réduire l’exposition au risque, sans jamais désigner ni stigmatiser un salarié en particulier.
Cet article a une vocation informative et de prévention. Il ne constitue ni un avis juridique ni un avis médical personnalisé.
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